Rubrique | Métier

Didier Guilbaud, directeur du livre et de la lecture de Touraine (Indre-et-Loire)

20 mars 2010

Comment a évolué le métier?

En gros, le bibliothécaire, et à un certain niveau le directeur de bibliothèque, manageait les collections. Aujourd’hui, il doit développer des compétences techniques, réglementaires et surtout managériales. Je dis souvent: «Le directeur est là pour donner une direction.» Il a moins les mains dans le cambouis. Aujourd’hui d’ailleurs, nos institutions nous demandent d’abord d’être des managers. A tel point qu’elles embauchent parfois des gens qui ne sont pas dans le métier.

Et vous, comment voyez-vous la fonction de directeur de bibliothèque? C’est avant tout un manager?

Non, c’est un grand trapéziste! Il faut être sur le tout. On ne peut pas bien manager une bibliothèque si on n’est pas bien au courant de ce qui se fait. Et justement, je pense qu’il manque un élément fondamental à la formation des directeurs de bibliothèque qui ne sont pas bibliothécaires, les attachés territoriaux par exemple. Par exemple, l’approche du document numérique ne peut se faire correctement qu’à partir du moment où on a de bons fondamentaux sur le métier.

Quelles sont les difficultés?

Avant, nous avions une relative autonomie par rapport à l’administration et aux élus. La difficulté aujourd’hui, et de plus en plus, c’est que certains croient savoir faire à notre place. Je ne veux pas revendiquer non plus le fait de rester complètement autonomes et à part. Mais cette relation s’est complexifiée. Alors que gérer du public, créer des lecteurs, c’est un métier. Et la grosse difficulté liée aux fonctions managériales, c’est la technicité dans des domaines qui ne sont pas premiers. Quand on fait un marché, même si ça arrive tous les quatre ans, c’est la galère!

Quelles attentes peut avoir un directeur de bibliothèque par rapport à son encadrement?

Moi j’attends plus d’écoute et plus de confiance. Attention, j’ai une grande confiance de la part de mon directeur général adjoint! Mais globalement, ceux qui exercent les fonctions transversales ne sont pas assez à l’écoute de ceux qui exercent des activités fonctionnelles. La fonction managériale dans une bibliothèque, c’est une gestion de projet avec des objectifs politiques au sens large. Quand on demande du personnel, c’est un besoin précis. A la direction des ressources humaines, on est plus dans les grandes idées de rationaliser, de diminuer le nombre de personnel. Il n’y a pas assez d’écoute aux besoins fonctionnels. Et pas assez de communication.

Comment la direction de bibliothèque va évoluer?

Je pense qu’il y a trois grandes évolutions à venir. Je vais être un peu radical, mais la gestion des collections est dépassée. La première évolution est territoriale. Les intercommunalités ont un rôle fondamental à jouer dans la période à venir pour la restructuration globale du réseau de lecture publique en France. Une autre grande évolution concerne l’arrivée du document numérique, qui va être un changement très important dans la gestion des collections. Et le troisième changement, c’est l’évolution du public, avec une écoute plus importante. Les lieux mêmes vont évoluer.

Entretien réalisé par Cécile Bontron pour Manager public n°20, avril 2010.

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